23 août 2007

Lucile, la luciole, ma boussole

Dora_maar Je sais l’année n’est pas finie mais sans aucun doute ma rencontre avec Lucile aura été une des plus belles de 2007.

Elle m’a prise par la main, elle m’a guidé dans les méandres du Louvre, d’Orsay, de Beaubourg, dans les rues de Paris. Plus que ça, elle m’a ouvert les yeux. Elle m’a appris à voir. Elle connaît si bien la valeur des choses, comme souvent ceux qui ont frolé la mort et deviennent des accrocs à la vie. Etrange paradoxe de cette Dora Maar qui de son œil unique voit tellement mieux que la plupart d’entre nous.

Lucile m’a accouché de mes émotions, elle m’a fait puiser au fond de moi. Elle m’a appris à exprimer ce que je ressens devant un tableau, à lire les artistes, à dépasser le simpliste « j’aime/ j’aime pas – c’est beau / c’est pas beau », à comprendre.

Avec beaucoup de finesse, de sensibilité, de douceur mais une pointe de fermeté et de rigueur (elle s’est pas tapée 5 ans à l’Ecole du Louvre sans qu’il en reste une trace !) elle a fait mon éducation artistique.

Je ne regarderai plus jamais un tableau comme avant.

Au fil des siècles, au fil des artistes, au-delà de « ses vingt ans, mes quarante », nous avons tissé une relation intime, pleine de profondeur, de complicité et d’humour.

Aujourd’hui Lucile n’est plus mon professeur, c’est mon amie

16 mai 2007

Thao mon rayon de soleil

SoleilIl y a plusieurs mois déjà Mesuline m’a demandé pourquoi je ne parlais pas de l’Asie, de toutes ces années passées là bas …la peur sans doute d’ouvrir la boite de pandore…

Et puis ce matin dans un demi- sommeil, j’ai pensé à Thao.

Thao qui pendant 5 ans tous les jours a été mon rayon de soleil. Thao la jeune et jolie saigonaise…la première à travailler avec moi .

Quand elle arrivait dans une pièce c’est un peu comme si la lumière s’allumait. Un large sourire franc, un rire clair et gai, ces beaux cheveux de jais longs et soyeux, son regard taquin, sa fausse timidité dans son aodai. Thao voulait apprendre à tout prix …vite… une boulimie de savoir …

Elle symbolisait pour moi la jeunesse de la « doi moi » ces années d’ouverture du Vietnam aux investisseurs étrangers. Cette jeunesse qui ne voulait plus connaître la dureté de la vie de leurs aînés, qui voulait mettre derrière elle les années sombres de la guerre, de l’après guerre, le communisme du nord tombé comme une chape de plomb sur le sud. La fourmi a mangé la cigale. Avec le ballet sans fin des mobylettes il flottait dans Saigon une douce euphorie, un air de « movida » … Le Vietnam était le nouveau dragon d’Asie…le nouvel Eldorado pour pieds nickelés en mal d’aventure, pour entreprise en quête de profit, pour doux dingues comme moi tombés sous le charme de ce pays si envoûtant… nous étions juste trop impatients…

Ce matin, toujours Thao dans la tête, je pianotais et là alors que cela fait des années que nous n’avions pas échangé … je tombe sur Thao « online » à l’autre bout du monde … nous avons chatté comme si de rien n’était moi dans mon lit à Paris sous la couette, elle à Saigon …ne me dites pas qu’il s’agit d’un hasard… je ne crois pas au hasard !

20 mars 2007

Sawadee Flo,

Femme_asiatiqueBangkok : Flo est venue me chercher à l’aéroport. Des années que je ne l’avais pas vu. On se saute dans les bras comme si c’était hier. Privilège des vrais amités que le temps n’altère pas. Elle n’a pas changé ou si peu. Toujours un vrai personnage. Une femme si libre qu’elle en donne le tournis. Rien ni personne ne pourra la mettre en cage. Les facettes de sa personnalité sont comme celle d’un diamant, multiples, subtiles, imprévisibles. Maman de beaux garçons que l’on prend plus facilement pour ces petits amis que pour ces fils , antiquaire passionnée dont l’appartement ressemble à une caverne d’Ali baba, grande fêtarde et incroyable hôtesse d’une générosité et d’une attention rare.

Elle a claqué la porte de Singapour, la trop sage, pour Bangkok l’anarchiste.

Ironie, ici on oublie qu’elle est française, la couleur de sa peau héritage de Chine et Tahiti la fait passer pour une thailandaise. Le contraste entre ce qu’elle est et ce qu’elle parait devient alors incompréhensible . Elle brouille les cartes, ne rentre pas dans le schéma caricaturale de l’asiatique à la recherche du blanc qui lui offrira un passeport et une vie meilleure, ni dans celui de la pauvre expat occidentale qui se retrouve soudainement tranparente dans ce monde d’homme à la recherche effreinée du mirage de l’exostisme . Elle vit si pleinement, avec douceur et nonchalence qu’elle fait partie de ces gens qui vous apprennent sans rien vous dire, juste en les regardant vivre, que tout est possible.

06 mars 2007

Portrait : Mahmoud le fleuriste

FleuristeAu coin de la rue des 5 diamands et du boulevard Auguste Blanqui, 3 fois par semaine, planqué derrière ses fleurs, Mahmoud tient salon. Ca défile. Un vrai manège. Des jeunettes, des moins jeunes, des guillerettes, des mamies par légions. Toutes différentes . Des rigolottes qui sont vaccinées contre le malheur et qui s’extasient devant la vie. Des qui rochonnent mais qui savent qu’avec Mahmoud ça va pas l’faire et qui s’essaient à sourire, un sourire de clown, un sourire figé, coincé mais un sourire quand même car quand leur fleuriste préféré leur susurre à l’oreille « voilà ma princesse, la plus belle » elles craquent, se liquéfient … et deviennent pendant quelques minutes des stars du marché.

Il en connaît des histoires de vie Mahmoud. Celle de Jojo qui à 70 ans commande des roses pour sa belle, une jeunette qui ne l’aime peut être pas que pour son physique. Jojo qui cotoie la mort tous les jours comme une vieille copine qui vous tient compagnie. Jojo qui a été beau, fait tourner des têtes et chavirer des corps. Jojo qui veut aimer comme un jeune homme parce que sa tête n’a pas encore l’age de son corps.

Et puis il y a la mamie qui s’est laissée mourir tout doucement en se glissant dans l’eau tiède…parce qu’elle avait vécu le plus beau de la vie et qu’attendre la mort bien gentillement c’était pas son truc.

Y a aussi les pingres, les éternelles emmerdeuses, celles qui pour quelques sous vous tiennent la jambe, tergiversent, menacent de partir là maintenant tout de suite…et lui Mahoud il affiche sa joie de vivre et son sourire comme un étendard, comme un rempart contre les malheurs du monde, ces milliers de petites tristesses qu’il combat à coup de lys, de roses, de tulipes, d’orchidées et de magnifiques amarilys. Il vend du rêve et de l’éphémère. Une illusion de beauté. Et c’est pour ça que j’y retourne.

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